Approche thématique |
L'éducation pour la santé
Présentation :
Cette page présente quelques notions sur l'Education pour la santé.
Sommaire de cette page :
Tentative d'explication :
Il est difficile, voire même impossible, de trouver dans la littérature des définitions de l'éducation pour la santé. Les différents auteurs se réfèrent, pour en parler, soit aux méthodes, soit aux acteurs, soit aux concepts de santé, soit aux thèmes, aux populations ciblées ou encore à l'histoire de son développement.
J.A. BURY[1] analyse cette difficulté en estimant que la problématique de la définition de l'éducation pour la santé réside dans le fait que toute définition dépend de la conception que l'on a de l'éducation pour la santé. Et il propose, parmi les innombrables définitions, quelques exemples, selon une approche par catégories de méthodes, qu'il divise en quatre :
- Les approches persuasives, volontaristes visant la modification systématique
et planifiée des comportements de l'individu et du groupe et
il cite Cotton (1982) : « L'éducation pour
la santé est aussi un processus d'action qui fait apparaître
dans le groupe social de nouvelles normes nécessaires à
l'adaptation permanente du groupe et des individus qui le composent
à des conditions de vie sans cesse changeantes, de façon
telles que la conformité des conduites à ces normes sauvegarde
et améliore le bien-être physique, mental et social de
la communauté et contribue ainsi à la promotion de la
santé et du complet bien-être des individus. »
- Les approches centrées sur l'optimisation des conditions de
décision de l'individu, l'information, pour favoriser une décision
responsable et les conditions d'adoption de comportement par la prise
de conscience de ce qui est bon pour soi et il cite Berthet (1983) :
« L'éducation pour la santé est une discipline
particulière, une attitude d'esprit, une orientation de pensée
et d'action qui fait appel aux données des sciences médicales,
psychologiques et sociales. […] Elle doit développer le
sens des responsabilités individuelles et collectives car les
maladies et accidents sont souvent causés par ignorance, négligence
etc. »
- Les descriptions plus neutres, expérientielles, centrées
sur l'individu et il cite Gibert : « L'ensemble
des expériences et des situations qui dans la vie d'un individu,
d'un groupe ou d'une collectivité, peuvent modifier ses croyances,
son attitude et son comportement à l'égard du problème
de santé. »
- Le courant éducatif visant la motivation et la participation pour entraîner un changement de comportement et il cite le Président d'un Comité d'éducation pour la santé : « L'éducation pour la santé est un processus qui comble le fossé entre l'information sur la santé et les pratiques de santé. Elle motive les personnes à obtenir l'information et à en faire quelque chose, à se maintenir en bonne santé en évitant les actions nocives et en se créant des habitudes favorables. »
Au terme de cette revue des définitions, il en fait remarquer les différents caractères dont certains mettent l'accent sur le processus de changement personnel que revêt l'éducation, sur la notion de responsabilité vis à vis de l'état de santé ou encore sur l'aspiration à modifier certains aspects de la culture des groupes sociaux.
Pour terminer sont exposé, il propose la définition qui lui semble la plus complète (à l'exception de l'aptitude à utiliser les services de santé), celle de Ewles L. and Simett I. (1985). Ces deux auteurs distinguent :
- « La santé, et par conséquent, l'éducation pour la santé, a pour objet la personne toute entière et comprend tous les aspects physiques, mentaux, sociaux, émotionnels, spirituels et sociétaux.
- L'éducation pour la santé est un processus qui s'étend durant toute la vie, de la naissance à la mort, et qui aide les gens à changer et à s'adapter à tous les niveaux.
- L 'éducation pour la santé a pour objet les personnes à tous les niveaux de maladies et de santé, du mieux portant au malade chronique et au handicapé, pour maximiser le potentiel de chaque personne à vivre en bonne santé.
- L'éducation pour la santé est dirigée vers les individus, les familles , les groupes et les communautés entières.
- L'éducation pour la santé comprend l'enseignement et l'apprentissage formels et informels, et se sert d'un éventail de méthodes.
- L'éducation pour la santé a une gamme de buts, y compris la transmission des informations et les changements d'attitudes, de comportement et de vie sociale. »
Pour Bury, le type d'approche que l'on utilisera en éducation pour la santé, déterminera le degré de liberté laissé aux personnes concernées.
La lutte contre la maladie, la souffrance ou la mort est une lutte reconnue qui mobilise beaucoup d'acteurs et de moyens. Dans le domaine de la prévention, les choses ne sont pas aussi simples et beaucoup moins spectaculaires. En effet, la plainte n'est que rarement formulée par les personnes puisque, par définition, le problème ne se pose pas encore. Il s'agit de contrecarrer son risque de survenue, sa survenue ou une possible aggravation.
Dans ce domaine, seuls les professionnels ont une vision prospective en terme de risques alors que les populations ont du mal à adhérer à des conseils leur demandant de changer aujourd'hui, pour améliorer demain. Comme le disait P.Lecorps, « On connaît bien les différentes facettes de l'homme, tout à la fois buveur, fumeur, mangeur et cependant désireux d'une vie saine. Les professionnels de prévention auront une vigilance particulière à exercer ; celle de ne pas idéaliser l'homme… »[2]
Les discours normatifs de la santé publique, apportant « la bonne parole » de la « bonne conduite » comme seule voie du bien-être, nous paraissent nier la complexité des êtres humains, nier leur ambivalence. Il y a un risque dans l'homogénéisation à la norme.
P.Lecorps envisage l'éducation pour la santé comme une tentative pour partager avec la population des éléments d'information qui vont lui permettre de se dégager de la maladie conçue comme une fatalité ou un mystère, et un moyen de mettre en oeuvre des organisations communautaires capables de faire évoluer les comportements individuels, sociaux et politiques porteurs de maladies. L'éducation pour la santé, dans sa vision globale, pourrait s'entendre comme un apprentissage à vivre.
Il est certain que les comportements ont des effets sur la santé.
La complexité réside dans le fait que le plus souvent, le
comportement est central, pour le sujet, quant à son appartenance
à la communauté dans laquelle il vit ; est fondamental
à son identité. Lui demander d'en changer peut s'assimiler
alors à une demande de changement d'identité.
On ne change pas, à n'importe quel prix, sa manière de vivre !
L'éducation pour la santé privilégiera la démarche participative, la seule qui garantisse l'adéquation des programmes aux besoins et aux demandes des personnes concernées. En effet, la tâche préventive est sans cesse à reprendre lorsque le sujet est absent de la question qui le concerne. L'enjeu de l'éducation pour la santé sera donc de permettre aux individus d'être les auteurs des discours et des démarches réalisées et non le simple réceptacle de tous les projets généreux de spécialistes qui leur veulent du bien. Cela sous-entend une transformation des rapports entre les professionnels et la population.
L'éducation pour la santé est aujourd'hui encore un champ théorique en construction. Elle fait appel à des disciplines de base variées telles que : l'épidémiologie, la démographie, la géographie de la santé, l'histoire, l'anthropologie, l'ethnologie, la sociologie, la psychologie, l'économie, la statistique et les sciences de l'éducation par exemple.
Si cette discipline tend de plus en plus à évoluer, à faire connaître ses pratiques et à les évaluer pour une lisibilité de tous, la France n'est pas dotée d'instruments d'analyse généralisés.
La complexité des méthodes :
Il n'existe pas une méthode d'éducation pour la santé. On y emprunte à toutes les disciplines citées plus haut. La démarche est celle de toute démarche de projet ; évaluation préalable des besoins et des demandes, choix des priorités, conception, réalisation du projet et réajustement si besoin, évaluation des résultats et transversalement à chaque étape, évaluation des processus. Nous rencontrons selon les étapes du projet et la formation initiale des intervenants, des enquêtes quantitatives et qualitatives, de la pédagogie active, de la pédagogie participative, des méthodes de communication, des groupes thérapeutiques, des groupes de parole, des projets utilisant des techniques artistiques comme le théâtre, l'écriture etc. Pour le Dr M. Bass[3], quatre modèles pédagogiques dominent les pratiques, un modèle cognitiviste fondé sur un apprentissage de savoirs normés, un modèle de transmission de la tradition, fondé sur un socle de valeurs communes, un modèle du jeu, fondé sur les pédagogies alternatives, et un modèle de la citoyenneté fondé sur des valeurs comme celles du respect de l'autre, de la tolérance, du débat d'idées, de la décision collective, celles de la démocratie.
Dans la Revue trimestrielle du Haut Comité de Santé Publique intitulé « L'éducation pour la santé du discours à la pratique », on peut lire que « L'éducation pour la santé apparaît comme une dimension des sciences de la communication et de l'éducation »[4].
Les différentes approches :
Depuis les cinq dernières années, les projets déposés pour demande de financement, même quand ils le sont dans le cadre des crédits régionalisés de promotion de la santé, sont très rarement des projets de santé globale. La vision holistique prônée dans la charte d'Ottawa, bien que toujours de référence, est malmenée.
Depuis la création des Conférences Régionales de Santé Publique qui établissent les orientations de santé, les portes d'entrées des projets sont à nouveau très fléchées (c'était le cas systématiquement dans l'approche sanitaire de la prévention, avant la charte d'Ottawa). Ainsi, la région Ile de France, a défini, au regard des critères épidémiologiques de santé et selon les déterminants de la santé, cinq programmes régionaux de santé depuis sa création : le saturnisme, les problèmes liés à la consommation d'alcool, la mortalité péri-natale, les jeunes dits en situation de crise et les personnes âgées en ce qui concerne la « bientraitance » et l'observance thérapeutique. Pour chaque priorité, un but et des objectifs de santé publique sont fixés, des moyens alloués et répartis ensuite par appels d'offre.
Par ailleurs, la Délégation interministérielle à la lutte contre les drogues et les toxicomanies finance la prise en charge des problèmes liés aux drogues licites et illicites. Le programme régional alcool, devient cette année, un programme régional « addictions ».
Deux grands programmes nationaux sont en cours de réalisation, le programme « nutrition » et le programme d' « accès aux soins et à la santé en faveur des plus démunis ».
Aujourd'hui, les projets d'éducation pour la santé se construisent par approche thématique : nutrition, alcool, drogues, maltraitance par exemple ou populationniste : jeunes en situation de crise, personnes âgées, populations précarisées, parents etc.
Références :
- BURY (J.A.) "Education pour la santé.
Concepts, enjeux, planification." Bruxelles, De Boeck Université,
2ème tirage 1992, p 105.

- LECORPS (P.) L'éducation pour la santé :
une démarche à construire, Colloque d'éducation
pour la santé. CYES, Versailles, 1990.

- BASS. (M.) Journée de travail interne.
CYES, Versailles, juin 2002.

- HCSP. L'éducation pour la santé:du
discours à la pratique. Rennes, ENSP, Tiré à
part, Dossier n°16, 1996.

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