Approche thématique |
Santé et précarité 1
Présentation :
Cette page présente quelques notions sur santé et précarité (page 1).
« La véritable médecine, toujours selon la tradition hippocratique, commence avec la connaissance des maladies invisibles, c'est à dire des faits dont le malade ne parle pas, qu'il n'en ait pas conscience ou qu'il oublie de les livrer. »[1]
Agir sur la santé des plus démunis implique nécessairement que les modes d'actions soient remis en question, que les savoirs-faire soient interrogés et que les professionnels s'investissent.
« L'enregistrement aveugle des symptômes et des confidences des malades est à la portée de tout le monde : si cela suffisait pour intervenir efficacement, il n'y aurait pas besoin de médecins [… ] les signaux émis par le corps lui-même sont obscurs et ne livrent leur sens que très lentement, et souvent après coup. »[2]
Les populations les plus démunies incitent à davantage de communication, davantage de partenariat, d'avantage de professionnalisme, tant au niveau des savoirs-faire que des savoirs-être.
La complexité et l'imbrication des problèmes rencontrés exigent plus d'efforts d'adaptation, plus de questionnements sur les aspects éthiques de nos interventions et plus de réflexion sur les concepts qui sous-tendent nos actions.
Les inter-actions entre les processus de précarisation et les processus de santé.
Le point commun de ses deux processus est leur extrême complexité. On y relève l'intrication de données sociales, de faits objectifs et de vécus subjectifs qui s'inscrivent dans la durée.
La santé n'est pas un déterminant de la précarité et l'inverse non plus. Santé et précarité se conjuguent et contribuent, à eux deux, à creuser le passif d'un individu qui tente de faire face aux exigences d'une société où s'aggravent les inégalités.
Dans les liens entre santé et précarité, on peut souligner le poids de certains facteurs dont les effets, dans la durée, représentent toujours un risque pour la santé :
Les formes de précarité économique, sociale et familiale éprouvées dans l'enfance sont réactivées par les expériences de l'âge adulte.
L'impossibilité de trouver ou retrouver un emploi, des formes de travail déqualifié, pénible ou dangereux combinent les risques et les sentiments d'instrumentalisation sociale sans recours collectifs.
Des formes d'isolement pathogène qui découlent des nouvelles structures salariales. Le développement massif d'un mal-être de société , qui projeté dans l'univers social, ou vécu dans la solitude, conduit à une progression visible de la souffrance psychique.
Les déterminants socio-économiques :
Toutes les études le montre, le gradient de l'état de santé est de moins en moins bon lorsqu'on descend l'échelle sociale.
Entre 25 et 54 ans, la surmortalité des ouvriers et employés par rapport aux cadres et aux professions libérales concernent quasiment toutes les causes de décès, en particulier les cancers, les maladies cardio-vasculaires et les morts violentes.
Selon une étude de santé publique européenne, la mortalité chez les hommes exerçant une profession manuelle en France, est supérieure à 71 % par rapport à ceux n'exerçant pas une profession manuelle. La différence est de 33 à 53 % pour les autres pays. Si on prend en compte le niveau d'études, on observe également des disparités plus grandes en France que dans les autres pays et ce, pour les hommes comme pour les femmes.
Les inégalités sociales de mortalité s'observent dès la naissance. En effet selon les chiffres des dernières données (deuxième moitié des années 80) la mortalité péri-natale varie de 7,1 pour 1000 naissances pour les enfants de père cadre à 10,2 pour 1000 naissances pour les enfants de père ouvrier. Ces différences sont moins fortes pour la mortalité infantile même si elles existent toujours.
La prématurité et le faible poids de naissance sont, en
1995, 1 à 2 fois plus élevés chez les enfants d'ouvriers
ou d'employés que chez les enfants de cadres. On reconnaît
maintenant l'incidence de ces données sur l'augmentation du risque
de certaines maladies de l'âge adulte, notamment les maladies cardio-vasculaires.
A l'adolescence, les inégalités sont moindres. On notera
tout de même, une consommation d'alcool, de cannabis et dans une
moindre proportion de tabac, plus importante chez les enfants de cadres
que chez les enfants d'ouvriers. Il y a une inversion à l'age adulte.
Les inégalités persistent à l'âge de la retraite.
Références :
- P.BOURDIEU, La misère du monde. Op cit. p 942.

- TERRAY.E. La politique dans la caverne. Paris. Seuil.
1990. p 92-93.

Mots clés :
Précarité, pauvreté, santé et précarité, misère, chômage, exclusion, démuni.
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