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Approche thématique
Rubrique Précarité




Santé et précarité 3



Présentation :

Cette page présente quelques notions sur santé et précarité (3e page).




L'observation par pathologies :

L'observation menée par pathologies amène aussi des constats :

La diminution de la mortalité par maladies coronariennes a surtout concerné les cadres et les écarts se sont accrus. En 1990, chez les hommes d'âge actif, le risque de mortalité par maladies coronariennes est multiplié par 1,8 chez les ouvriers et 3,5 chez les employés, en comparaison aux cadres.

La mortalité par cancer fait aussi apparaître des différences sociales. La survie après cancer est en moyenne plus basse dans les catégories socioprofessionnelles plus défavorisées et ce, qu'elle que soit la localisation des cancers. En revanche, le risque de survenue d'un cancer en fonction de la catégorie socioprofessionnelle dépend de la localisation du cancer.

On constate un risque accru dans les catégories socioprofessionnelles basses de cancer des poumons, des voies aérodigestives supérieures, de l'œsophage, et du col utérin. Au contraire, un risque plus élevé dans les catégories socioprofessionnelles élevées apparaît pour le cancer du colon, et le cancer du sein. Ces différences sociales d'incidence ne sont pas totalement expliquées par des différences dans les facteurs de risque, notamment ceux liés au mode de vie, le rôle des expositions professionnelles intervient dans certains cancers, celui du recours au dépistage dans d'autres.

Selon les données de l'Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité, les proportions de décédés et de blessés graves dans les accidents de la circulation, chez les conducteurs, sont nettement plus élevés chez les agriculteurs, les ouvriers et les chômeurs.

Le niveau socio-économique influe aussi sur les conséquences sociales de la maladie. Ainsi, parmi les personnes tétraplégiques après un accident, le pourcentage de personnes ayant un emploi après l'accident est d'autant plus élevé qu'elles ont un diplôme élevé.

Aujourd'hui, l'épidémiologie est étayée d'analyses plus holistiques, qui permettent de dire qu'on ne peut plus limiter la réflexion aux seuls facteurs de risques spécifiques des maladies ; d'autres facteurs de risques existent notamment liés au niveau social. Des enquêtes spécifiques, nord-américaines, ont étudié ces facteurs de risque et les listent ainsi :

  • L'absence d'autonomie dans son travail,
  • Le sentiment de ne pas utiliser toutes ses compétences,
  • Le sentiment de ne pas recevoir l'estime que l'on pense mériter,
  • L'absence d'estime de soi,
  • Un sentiment de dévalorisation personnelle.


Différences de mortalité entre classes sociales :


Evolution des différences de mortalité entre classes sociales[1]
[évolution des décès du sexe masculin de 25 à 64 ans entre (1981-1983 et 1989-1991) Taux standardisés par âge]

Sexe masculin

Variation des taux de décès

Surmortalité par rapport à la catégorie "cadres supérieurs-professions libérales"

  (81-83)/(89-91) (81-83) (89-91)
Cancer du poumon
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres supérieurs
/Professions .libérales
28 %
35 %

- 3 %
2,7
1,2

1,0
3,6
1,6

1,0
Cancer VADS
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres supérieurs./
Professions libérales
- 5 %
- 15 %

- 29 %
7,6
2,4

1,0
10,2
2,9

1,0
Alcoolisme
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres supérieurs./
Professions .libérales
- 25 %
- 33 %

- 23 %
9,6
3,4

1,0
9,3
3,0

1,0
Infarctus
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres supérieurs./ Professions .libérales
- 14 %
- 11 %

- 47 %
1,5
1,0

1,0
2,5
1,6

1,0
Maladies cérébrovasculaires et Hypertensive
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres sup./Prof.libérales
- 18 %
- 21 %
- 38 %
2,5
1,4
1,0
3,3
1,8
1,0
Accidents de circulation
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres sup./Prof.libérales
- 14 %
- 2 %
- 29 %
2,1
1,2
1,0
2,6
1,6
1,0
Suicides
Ouvriers/employés
Commerçants-Cadres moyens
Cadres sup./Prof.libérales
- 2 %
- 7 %
- 18 %
2,4
1,7
1,0
2,9
2,0
1,0



Différences de mortalité entre groupes socio-économiques :


Evolution des différences de mortalité entre les groupes socio-économiques[2]
[évolution des décès de 25 à 64 ans entre (1981-1983) et (1989-1991) - Taux standardisés par âge]
 

Variation des taux de décès

Surmortalité par rapport à la catégorie "cadres-professions libérales"

Masculin
Ouvriers/employés
Commerçants/cadres moyens
Cadres supérieurs Prof.Libérales
- 2 %
1 %
- 19 %
2,5
1,3
1,O
3,0
1,6
1,0
Féminin
Ouvriers/employés
Commerçants/cadres moyens
Cadres supérieurs Prof.Libérales
- 8 %
- 3 %
- 38 %
1,1
0,9
1,0
1,5
1,4
1,0
Interprétation : pour les ouvriers-employés, les taux de décès entre 25 et 64 ans ont diminué de 2 % entre les deux périodes. La mortalité de ce groupe est 3 x plus élevée que celles des cadres supérieurs. (2,5 fois il y a 10 ans).



Les déterminants de la santé mentale :

Après avoir envisagé la question de l'état de santé du point de vue socio-économique et médical, on ne peut ignorer les facteurs personnels et les capacités de réaction individuelle.

Dans la littérature spécialisée, on ne retrouve pas de notion de facteurs de risques pour ces aspects que l'on tient pourtant comme hautement impliqués dans la genèse de maladies :

Les « évènements de vie » : l'étude de ces évènements, rapportée aux difficultés médicales, apporte déjà une notable contribution à l'étiologie sociale et psychologique. des états de santé.

On connaît maintenant l'impact possible entre un événement de vie majeur et le développement ultérieur d'une pathologie grave.

Les réseaux et liens sociaux : L'observation et la recherche suggèrent que des liens forts existent entre santé et réseau social, en particulier quand la personne fait l'expérience d'évènements de vie négatifs et de stress.

Ainsi donc, le lien entre précarité et santé peut s'entendre comme un processus de vulnérabilité dont on peut craindre à moyen et long terme qu'il n'ait de profondes répercussions sur l'état de santé.

La pauvreté économique et sociale entraîne, au delà de la vulnérabilité organique et psychique, des sentiments d'inutilité sociale et de mésestime de soi qui provoque une souffrance psychique intense, pouvant conduire au renoncement des soins que nécessite le corps et l'adoption de comportements pathogènes qui aggravent la vulnérabilité pré-existante.

Le CREDOC qui a mené de grandes études qualitatives portant sur les histoires de vie[3] et les suivis longitudinaux des personnes en situation de grande difficulté, a confirmé la corrélation entre le processus de fragilisation sociale et la dégradation de l'état de la santé.

Il n'y a donc pas de maladies des pauvres (mis à part le saturnisme dont on a dit qu'il est la maladie des taudis), mais une moindre capacité de ceux-ci à se défendre contre les agressions extérieures.

Partant, il nous parait indispensable de resituer le contexte de vie des plus démunis. En effet, nous ne voudrions pas risquer de laisser penser à une absence de volonté ou de désir de lutte. Le quotidien qui caractérise une situation de précarité est un combat, une lutte incessante contre les agressions : manque d'argent entraînant des déséquilibres alimentaires, débrouilles perpétuelles, violence dans le monde du travail ou la rue, dédain de la famille ou de l'environnement social, échecs de toutes sortes. Cet effort est bien supérieur à celui des personnes bien insérées socialement.




Références :

  1. INSERM, op cit. Retour
  2. Haut Comité de Santé publique. Op cit. Retour
  3. GILLES. M.O., LEGROS. M. L'épreuve de la pauvreté. Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC). Paris. 1995. Retour


Mots clés :

Précarité, pauvreté, santé et précarité, misère, chômage, exclusion, démuni.


Page rédigée par :

Odile Choukroun

Dernière mise à jour :

22.04.2003


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