Approche thématique |
Pourquoi ce succès ?
Présentation :
Cette page présente la suite de l'article de Delphine DELECOURT ("Essai de conceptualisation du terme Parentalité") : Pourquoi ce concept de "parentalité" connaît-il un tel succès ?
Aujourd'hui, nous sommes dans une période marquée par l'émergence de la question politique de la parentalité, après de longues années de latence. Mais cette émergence est fortement euphémisée, notamment en se présentant comme une simple action de soutien aux « réseaux de parentalité ».
Sociologiquement, on serait certainement mieux avisés de parler un peu moins de parentalité, terme à la fois trop substantialiste et trop normatif, et plus judicieusement de « rapports sociaux de parentalité ».
La parentalité peut d'abord être abordée du point
de vue des rapports publics/privés et des redéfinitions
de frontières qu'ils connaissent aujourd'hui.
La parentalité relève également d'une autre sphère
beaucoup plus normative : la socialisation de l'enfant. C'est d'ailleurs
dans ce domaine que nous en avons chacun une expérience toute
personnelle, soit comme géniteur, soit comme titulaire de l'autorité
parentale, soit comme éducateur, soit tout simplement comme enfant.
Mais la parentalité ne se limite pas à la subjectivité
du parent. Elle s'impose aujourd'hui comme une instance normative à
restaurer dans l'histoire singulière de la socialisation de tout
enfant, non seulement en famille mais aussi à l'école,
dans la rue ou ailleurs, et plus précisément dans la protection
sociale, administrative ou judiciaire, qui lui est due.
On pourrait aussi s'intéresser au périmètre et
aux acteurs de la parentalité. Si l'exercice de la parentalité
se développe généralement au plus près de
l'enfant, il n'est cependant pas réductible aux seuls père
et mère.
Dans certains cas, les grands frères, le beau-parent ou second
conjoint et les grands-parents peuvent aussi être pris dans des
enjeux de parentalité autour d'un même enfant.
Dans certains cas, les grands frères, le beau-parent ou second conjoint et les grands-parents peuvent aussi être pris dans des enjeux de parentalité autour d'un même enfant.
Le terme de la parentalité a fait son entrée dans notre
vocabulaire commun par le biais de la « monoparentalité ».
Pour les psychologues, la « monoparentalité »
a très vit été vue comme le lieu de tous les risques
pour les enfants. Cette structure familiale, incomplète, reposant
sur une seule personne, paraît d'emblée pathologique, non
structurante pour l'enfant. Aujourd'hui, le propos est beaucoup plus
nuancé… quoi que…
Pour certains psychologues, toutes les compétences-socle de l'enfant
seraient touchées lors de la séparation enclenchée
par les parents. On comprend donc mieux pourquoi la parent alité
et son maintien constituent un enjeu pour la société.
Le problème est que les familles monoparentales se multiplient. (655 000 en 1968, plus d'un million en 1995 soit 14 % de familles monoparentales. Plus de 8 parents sur 10 sont des femmes, 12 % au moins ont 3 enfants à charge. (Rapport CNAF, 1996). Ces femmes, en situation de monoparentalité, mobilisent les travailleurs sociaux car sont généralement moins actives. Elle sont plus touchées par le chômage que les autres chefs de famille ayant de enfants à charge. Elles ont des revenus inférieurs et peuvent donc bénéficier des aides diverses de l'Etat. Tout ceci explique donc le regard que bon nombre de nos concitoyens portent sur ces familles. Ce regard porté est le même pour les familles qui divorcent. L'idée de coparentalité tente de proposer un modèle parental qui survive à la disparition du couple et assure à l'enfant la présence de ses 2 parents.
Ce terme de parentalité connaît un réel succès justement sans doute pour entériner ces métamorphoses de la famille, pour en rendre compte. Comme le dit Catherine Sellenet, c'est pour nommer le moins maladroitement possible que sont inventés de nouveaux mots… Ainsi, le terme « parentalité » pourrait traduire un assouplissement de la règle, la reconnaissance de la diversité des formes familiales.
Mais ce terme traduit aussi la volonté publique de travailler
sur les pratiques familiales. Pour les familles « démissionnaires »,
il faudrait « reparentaliser » des parents en
mal de repères. Ou, plus le rapport au conjugal s'effondre, plus
on attend du parental qu'il résiste aux aléas de la vie
et garantisse à l'enfant des liens forts.
Là-dessus, on relève un double discours, dissonant :
Au constat fait sur la montée de la violence, les parents sont
bien trop souvent considérés comme les seuls responsables.
Pourtant, ils ne sont pas les seuls à éduquer les enfants.
Alors que la socialisation d'un enfant n'est plus l'apanage de la famille
seule, alors que de très nombreuses structures interviennent
très précocement auprès de l'enfant, seule la responsabilité
de la famille est mise en cause.
Un autre courant, impulsé par la charte ministérielle
sur la famille de 1999 dessine de nouveaux modes d'intervention auprès
des parents. L'accent n'est plus mis sur les manques, sur les failles,
mais sur les compétences parentales. Les parents sont réintroduits
comme partenaires premiers, responsables et compétents. Et cette
compétence tente de se distribuer plus équitablement au
sein du couple.
Pour aider ces parents dans leur parent alité, les initiatives
vont fleurir, se démultiplier. On assisterait en fait à
une « fabrique sociale de la parentalité ».
Ainsi, la parentalité sert de support à de nouvelles stratégies
politiques comme par exemple les réseaux d'écoute et d'appui,
la recrudescence des groupes de paroles, les points-rencontres, les
stages pour « parents dépassés »,
etc…
Mais cette vision, cette aspiration de notre société à
une parentalité « sauvegardée »,
protégée, n'est pas sans amener des résistances.
Mots clés :
Parentalité, parent, parentalisation, famille, enfant, enfance, adolescent, adolescence.
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