Approche thématique |
Professionnels et parentalité
Présentation :
Cette page présente la suite de l'article de Delphine DELECOURT ("Essai de conceptualisation du terme Parentalité") : Qui sont les professionnels qui emploient le terme "parentalité" ? Comment les professionnels de champs disciplinaires différents le définissent-ils ?
Je commencerai par parler de ceux qui ne l'emploie pas, à savoir
les juristes.
Pour eux, la parentalité n'est pas un mot du droit civil et il
ne semble pas qu'elle doive le devenir. Le droit civil connaît la
parenté, qui regroupe l'ensemble des liens du sang, par opposition
à l'alliance qui désigne les liens construits, essentiellement
le mariage.
Pour les juristes toujours, la parentalité apparaît, comme
une notion variable dans le temps et dans l'espace, la géographie,
les cultures d'appartenance ; les habitudes de la cellules familiale
elle-même y jouent le rôle le plus important. D'une certaine
façon, il s'agit donc d'une notion a-juridique par excellence.
Ce sont essentiellement les psychologues, les psychanalystes et les
travailleurs sociaux qui emploie ce terme de « parentalité ».
A l'époque où ce terme n'était utilisé qu'entre
psychologues et psychanalystes (oeuvrant dans un champ disciplinaire très
proche), il ne soulevait pas d'ambiguïtés.
Dans les années 80, son extension et le passage dans le langage
commun l'a beaucoup fait évolué mais a aussi apporté
une perte de sens.
Aujourd'hui, sous ce même vocable de parentalité, on dénombre
une quantité de définitions, pas toujours concordantes.
Force est de constater que ce terme est réellement un terme polysémique.
Pour les psychologues, dans un premier temps, ce terme désigne
un processus de maturation psychique qui se développe aussi bien
chez la mère (maternalité) que chez le père (paternalité,
Carel, 1974).
Pour Poussin, psychologue, (Cf son ouvrage "psychologie de la fonction
parentale", 1993), la parentalité est à la fois :
- un besoin quasi inscrit dans le développement du sujet (un désir d'enfant),
- une ligne de démarcation manifestant le passage de l'enfance à l'âge adulte,
- un mouvement pouvant advenir ou non et susceptible de modifications aux différents âges de la vie.
Poussin montre notamment comment la parentalité évolue
d'une « parentalité totale » lorsque
l'enfant est jeune, à une « parentalité sans
enfant » lorsque ce dernier gagne de l'autonomie et quitte
le domicile familial.
Cette idée de mouvement introduit l'idée que « chaque
nouvelle naissance peut ouvrir sur une parentalité tout à
fait différente pour un même sujet. »
Pour Lamour et Barraco (qui ont écrit « Souffrances autour du berceau ») : « La parentalité peut se définir comme l'ensemble des réaménagements psychiques et affectifs qui permettent à des adultes de devenir parents, càd de répondre aux besoins de leurs enfants à trois niveaux : le corps (les soins nourriciers), la vie affective, la vie psychique. C'est un processus maturatif. »
En entreprenant des recherches bibliographiques, j'ai pu me rendre compte, dans les écrits, que ce qui intéresse surtout ces psychologues et psychanalystes, ce sont les ratés de la parentalité. En effet, comment rendre compte des refus de parentalité (accouchements sous X ou refus d'avoir des enfants), des échecs, des dysfonctionnements, voire du devenir de ces adultes non parents ?
Pour les psychanalystes, l'acceptation de la parentalité signifie
« l'équilibre entre le narcissisme et l'objectivité
dans le couple », le couple serait la « condition
sine qua non de l'émergence d'une parentalité ».
Le non-accès à la parentalité sera interprété
en termes de manque, en termes pathologiques.
Ces adultes « non-parents » souffriraient, pour
les psychanalystes comme Poussin « d'une incapacité
psychique à procréer », souffrance d'autant plus
importante si cette incapacité est physiologique.
Dans le cas de non-procréation volontaire, l'auteur postule que
ces adultes ont sublimé cette absence de parentalité dans
des métiers de création ou des métiers liés
à l'enfance. La parentalité est alors « symbolique ».
Pour les psychologues, la parentalité est un processus qui se prépare inconsciemment depuis l'enfance (le jeu de la poupée chez les petites filles, leur apprentissage des gestes et des rôles en serait les prémisses, la première expression de ce désir enfant retrouvé à l'âge adulte), activé à l'adolescence sous l'influence de facteurs physiologiques, et actualisé lors de la naissance des enfants. (Benedek)
Ce sur quoi les psychologues ont des divergences de point de vue, c'est
sur la part de l'instinct dans ce processus.
Pour certains, la part du biologique, de l'attachement instinctuel est
prépondérante.
Pour d'autres, l'instinct maternel ou paternel n'existe pas mais est une
invention historique, sociale et culturelle.
Ce sur quoi les psychologues sont tous d'accord, c'est sur le fait que
la parentalité repose à la fois sur la tendance adulte à
nourrir et à protéger l'enfant et sur l'intériorisation
des soins reçus dans l'enfance.
Donc : pour les psychologues est une épreuve psychique dont l'issue
n'est pas certaine (surtout lorsqu'elle émerge sur un terrain psychique
déjà problématique, carencé, en raison d'une
enfance mal métabolisée).
Voici quelques définitions retrouvées dans la littérature :
- « La parentalité désigne d'une façon
très large, la fonction d'être parent, en y incluant à
la fois des responsabilités juridiques telles que la loi les
définit, des responsabilités morales telles que la socioculture
les impose, et des responsabilités éducatives. »
(Dictionnaire critique d'action sociale, 1995. 1er ouvrage à proposer une définition. Cette définition met l'accent sur les fonctions parentales et sur l'aspect normatif de ces dernières. Dans cette définition est laissé de côté le champ de la clinique pour le champ de l'éducatif et des responsabilités. Ici, la parentalité n'est plus un mouvement maturatif mais un état, un statut social ouvrant à des droits et à des devoirs.)
- « Qualité de parent, l'accès au statut de
parent » telle est la définition émise
par Delaisi De parseval. Cet auteur s'interroge sur les configurations
familiales atypiques, comme par exemple le couple homosexuel :
« La société a-t-elle le droit d'accorder un
certificat de parentalité, un tampon de bon parent potentiel
à des individus élevant des enfants au sein d'un couple
homosexuel ? le droit peut-il établir une filiation reliant
un enfant à deux parents de même sexe ?, etc…
(dans cette définition, le terme parentalité n'interroge
plus seulement le champ clinique, le champ éducatif, mais aussi
le champ juridique. La question de la redéfinition sociale de
la filiation se trouve ainsi au cœur du débat sur la parentalité
et sur l'homoparentalité (ce terme est apparu en 1997).
- Même si le droit n'utilise pas le concept de parentalité dans ses textes officiels, la sociologie du droit, elle se l'approprie. Irène Théry, sociologue du droit justement, propose trois façons d'identifier le parent : la composante biologique, domestique et généalogique.
Pour elle, ces trois composantes peuvent être combinées et ce, dans les cas les plus simples de parent alité. Dans d'autres cas, ces composantes peuvent être dissociées.
- La composante biologique fait du parent le géniteur,
- La composante domestique qui identifie celui qui élève l'enfant au quotidien,
- La composante généalogique, où c'est le droit qui désigne le parent.
(« Le droit a la charge non seulement de donner le titre de parent
en fonction de certaines règles et procédures, à
tel ou tel individu, mais ce faisant il inscrit chaque enfant dans un
système symbolique de représentation de la parenté. »).
Mais entre la parentalité biologique et la parentalité sociale,
le droit renonce parfois à dire le droit. La dissociation actuelle
et la recomposition des trois composantes de la parent alité (biologique,
domestique et généalogique) génèrent de nouvelles
configurations familiales qui ont pris les termes de « monoparentalité »,
mais aussi de « coparentalité » dans le cadre
du divorce, de « pluriparentalité » lorsque
l'enfant vit dans une famille « recomposée ».
- Lorsque les anthropologues utilisent le terme de parentalité,
ils évoquent moins les compétences parentales ou les composantes
de la parentalité que l'inscription dans une famille.
Par exemple, dans le cas d'une famille d'accueil, on parlera plus de « parentalité élective » pour qualifier les relations de certaines familles d'accueil avec l'enfant placé. Pourquoi parle-t-on de « parentalité élective » ? Parce qu'elle ne repose ni sur le biologique, ni sur le juridique, mais sur des relations de « pseudo-parenté » où l'enfant accueilli est considéré comme « sien » par la famille d'accueil, dans tous les actes de la vie quotidienne.
Ces quelques définitions, ces multiples approches de la parentalité montrent bien à la fois la dynamique de cette notion mais aussi les confusions possibles, surtout lorsque l'on croise les champs disciplinaires.
Mots clés :
Parentalité, parent, parentalisation, famille, enfant, enfance, adolescent, adolescence.
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