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Approche thématique
Rubrique Grossesse et contraception




Grossesses d'adolescentes et I.V.G.



Présentation :

Cette page présente "Grossesses d'adolescentes et Interruption Volontaire de Grossesse".




Définitions :

IVG : Interruption Volontaire de Grossesse, Synonyme d'avortement provoqué.

Avortement : Expulsion d'un fœtus avant terme, naturelle ou provoquée.



Evolution législative concernant la contraception et l'I.V.G. :

  • 1961 : Création du Mouvement Français pour le Planning Familial.
  • Loi du 28 décembre 1967, loi Neuwirth relative à la « régulation des naissances » qui légalise la contraception en autorisant la vente de contraceptifs sous contrôle médical. Les mineurs doivent obtenir le consentement écrit de l'un des parents. Cette loi abolit celle de 1920 qui punissait de prison la publicité en faveur de l'avortement et de la contraception.
  • Loi du 17 janvier 1975, loi Veil qui légalise l'Interruption Volontaire de Grossesse. L'I.V.G est autorisé sous certaines conditions.
  • Loi du 31 décembre 1982 qui autorise le remboursement de l'I.V.G. par la Sécurité Sociale.
  • Loi du 13 décembre 2000 autorise la délivrance de la pilule du lendemain sans autorisation parentale.
  • Loi du 4 juillet 2001 assouplit les conditions d'accès à l'I.V.G. Le délai légal pour recourir à l'avortement passe de 10 semaines à 12 semaines. Le consentement des titulaires de l'autorité parentale n'est plus requis pour la prescription, la délivrance ou l'administration de contraceptifs aux mineurs.

Dans son rapport de 1999, le Professeur Nisand explique que la légalisation de l'avortement n'a pas entraîné sa banalisation (de 250 000 I.V.G en 1975 à 220 000 en 1999), pas plus qu'elle n'a conduit au relâchement de la contraception.

Pour la très grande majorité des femmes (5/6), le recours à l'avortement est accidentel et unique.[1]



Adolescence, grossesse et I.V.G. :

Le nombre de conceptions chez les adolescentes a baissé entre 1980 et 1997 mais, quand elles surviennent inopinément, ces grossesses aboutissent moins souvent à une naissance.

En 1980, sur 1000 jeunes ayant atteint 18 ans, 28 avaient déjà donné naissance à un enfant au cours de leur adolescence et 24 avaient déjà avorté.

En 1997, la proportion de jeunes femmes qui sont déjà mères à leur majorité est tombée à 12 pour 1000 tandis que la proportion de celles qui ont déjà avorté est restée stable à 24 pour 1000.[2]

Si 85 % des jeunes utilisent une contraception (ne serait ce que le préservatif isolé) lors du premier rapport, on sait en revanche peu de choses sur le maintien dans le temps de la pratique contraceptive.

« Les peurs des jeunes au début de leur vie amoureuse concernent plus la permanence de la relation avec leur partenaire que les écueils rencontrés par la grossesse non désirée ou les maladies sexuellement transmissibles. »[1]

L'espacement des rapports sexuels est un facteur de démotivation pour l'observance de la contraception orale.

« Aujourd'hui, on assiste au déplacement de l'interdit de la sexualité sur l'interdit de la grossesse. La norme c'est la pilule, la refuser, c'est la grossesse. Le projet contraceptif vient buter contre toutes les questions, les doutes et les angoisses liées à l'adolescence. »[3]

Depuis 1989, le nombre de grossesses adolescentes stagne aux environs de 35 conceptions pour 1000 adolescentes.

« Plusieurs facteurs concourent à expliquer l'interruption de la baisse de la fréquence des grossesses chez les adolescentes. En premier lieu, il reste un certain nombre d'adolescentes qui souhaitent avoir un enfant, parfois afin de stabiliser une relation avec un homme et acquérir un statut social.[4] En second lieu, le recours au préservatif, qui s'est imposé avec l'épidémie de sida, n'est que temporaire. Après une utilisation provisoire au début de la vie sexuelle ou en début de relation, il est abandonné et généralement remplacé par la pilule quand la relation se stabilise. Paradoxalement, alors que les tout premiers rapports sont bien protégés, le passage de relais ne s'effectue pas toujours bien.[5] La contraception orale n'apparaît plus comme aussi « incontestable » aux générations les plus jeunes, l'accent mis sur la prévention du sida ayant fait passer l'information sur la contraception au second plan. Ce problème de la transition du préservatif à la contraception orale est particulièrement aigu pour certaines adolescentes, en raison par exemple d'un dialogue difficile avec leur famille. »[2]

L'étude sur les grossesses des adolescentes menée par le Pr Michèle UZAN, rendue publique en 1998, indiquait que 10 000 adolescentes par an étaient confrontées à une grossesse non désirée et que 7 000 d'entre elles avaient recours à une IVG.

Selon ce même rapport, en France, 3 % des IVG pratiquées concernent des adolescentes.
Plus l'âge est faible et plus il est fait recours à l'IVG.

Le Professeur Uzan explique qu'il y a un double message à faire passer, celui du
P + P : pilule + préservatif.

A la demande de la Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF), deux chercheuses ont mené un vaste travail sur les maternités précoces, intitulé « Les maternités précoces dans les pays développés : problèmes, dispositifs, enjeux politiques ».[6]

Cette étude « montre que le phénomène des grossesses précoces est intimement liés aux perceptions de la sexualité des jeunes dans les différents pays industrialisés. Les chercheuses ont dressé trois groupes correspondant à trois types de société ».

Le premier groupe dans lequel « on estime que les adolescents doivent être préservés le plus longtemps possible de la sexualité, qui est une activité réservée aux adultes, donc socialement acceptable lorsque les individus sont en mesure de fonder une famille sans dépendre de l'aide sociale ». Ce modèle est très répandu aux Etat-Unis, « qui ont mis en œuvre des programmes d'abstinence sexuelle, dont l'efficacité reste très controversée : depuis leur instauration dans les années 80, le nombre de grossesses précoces non désirées n'a cessé d'augmenter (22 % des adolescentes). »

Pour le deuxième groupe, qui concerne le Royaume-Uni, l'Irlande et les Pays-Bas, « la sexualité adolescente est un phénomène à combattre et les jeunes sont fortement encouragés à repousser l'âge du premier rapport sexuel. Dans le même temps, cette sexualité juvénile apparaît comme un mal inévitable qu'il faut surtout accompagner en raison de l'inefficacité des dispositifs répressifs ou du déni. »

Dans le troisième type de pays, « la sexualité apparaît comme une dimension normale de l'adolescence. On ne dénie pas aux jeunes le droit d'explorer leur corps dans une société de plus en plus sexualisée. Il s'agit alors de permettre aux jeunes de contrôler les risques en mettant à leurs dispositions les moyens de contraception adéquats, et en tenant compte de leurs moyens financiers et du besoin de confidentialité . Ces politiques se caractérisent par le soutien bienveillant de la société adulte : pouvoirs publics, parents, écoles et centres de planning familial. Ce scénario idéal est celui des pays scandinaves, de certains pays d'Europe continentale comme la Suisse et dans une moindre mesure de la France. En Suède, l'abandon en 1975 de toute politique fondée sur l'abstinence, remplacée par une politique de contraception, d'information et de libre accès à l'IVG, a permis une diminution de 80 % des grossesses précoces dans la décennie suivante. Ce type de politique est repéré comme le pus efficace pour prévenir les maternités précoces. »

Les auteurs de l'étude mettent la Méditerranée à part. En Espagne et en Italie, où le taux de grossesses adolescentes est faible (3 %), quand elles surviennent, l'arrivée d'un enfant est « accepté comme un élargissement de la famille ». La Grèce et le Portugal connaissent un fort taux de naissances chez les mères mineures (5 % à 9 %), du fait de la précocité des mariages.

« La conclusion de travail, qu'en termes de politique publique, les mesures les plus adaptées sont celles qui favorisent au niveau local la communication et le dialogue social avec les jeunes filles. »



Références :

  1. Rapport Nisand, mars 1999. Retour
  2. Comment ont évolué les grossesses chez les adolescentes depuis 20 ans ? INED, Population et Sociétés n° 361, octobre 2000 - p 2. Retour
  3. Revue de l'infirmière, n° 30, septembre 97. Retour
  4. Les grossesses à l'adolescence, C. Le Van, Normes sociales, réalités vécues, L'Harmattan, 1998. Retour
  5. L'entrée dans la sexualité. Le comportement des jeunes dans le contexte du Sida, H. Lagrange et B. Lhomond, La Découverte, 1997. Retour
  6. Libération, jeudi 24 juillet 2003. Retour


Mots clés :

Femme, féminin, méthode contraceptive, sexualité, reproduction humaine, gynécologie, gynécologue, pilule, IVG, grossesse, contraception, planification familiale.


Page rédigée par :

Sophie Neut

Dernière mise à jour :

31.07.2003


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