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L’héroïne et le sexe : quelques accrocs…
De nombreuses études ont montré le retentissement sexuel de l'héroïne : amélioration, au début, par son effet relaxant et analgésique pour les femmes souffrant de dyspareunie ou de vaginisme, retard de l'éjaculation pour les hommes. A plus long terme, au contraire, peuvent survenir : une aménorrhée et des anorgasmies chez la femme et chez l'homme une baisse de la libido (baisse de la testostérone secondaire à une baisse de LH induite par l'héroïne), une dysfonction érectile (vasodilatation générale par libération d'histamine pénalisant la vasodilatation pénienne) ou une éjaculation retardée (effets alpha-bloquant des opiacés).
Outre ces effets, l'héroïne pourrait influencer la composante cognitive de l'orgasme (sensation et satisfaction érotique). A l'arrêt de la drogue une hypersexualité est possible (érections spontanées, éjaculations nocturnes voire éjaculations prématurées).
A Pacheco Palba et coll. ont recruté 101 patients consécutifs (61 hommes et 40 femmes) et 102 témoins appariés pour le sexe, l'âge, le statut social marital et religieux afin d'évaluer l'influence des effets sexuels sur la poursuite ou l'arrêt de l'héroïne.
Les données recueillies sont les suivantes :
- Il n'y avait pas de différence significative entre les 2 groupes pour l'orientation sexuelle ou la stabilité relationnelle (durée moyenne de 4,9 ans).
- Les patients du groupe contrôle étaient significativement plus nombreux à pratiquer une religion comparativement aux patients avec addiction à l'héroïne, respectivement 30 % d'hommes et 42 % de femmes versus 13 % d'hommes et 18 % de femmes (p < 0,05).
- Les hommes et les témoins avaient une consommation d'alcool comparable alors que les femmes avec addiction consommant de l'alcool étaient significativement plus nombreuses que celles du groupe témoin ( 50 % versus 29,3 %, p < 0,05).
- Un seul homme toxicomane avait une partenaire toxicomane alors que 17 des femmes toxicomanes avaient un partenaire toxicomane.
- Il n'y avait pas de différence entre les femmes des deux groupes, pour la fréquence des rapports sexuels ou de la masturbation. En revanche, chez les hommes du groupe contrôle la fréquence des rapports sexuels et de la masturbation était significativement supérieure à celles des héroïnomanes : respectivement : 3,9 % vs 2,4 % p < 0,05 et 1,3 % vs 0,5 % p < 0,05.
Les auteurs ont observé que, malgré le préjudice sexuel de la toxicomanie, la plupart des patients poursuivaient une vie sexuelle. La dysfonction sexuelle induite par l'usage de la drogue avait motivé l'arrêt de consommation d'héroïne, chez 42,6 % des hommes et 45 % des femmes.
Les dysfonctions sexuelles étaient les suivantes :
- Une baisse de la libido, chez 75 % des hommes et 68 % des femmes avec addiction, contre 5 % des hommes et 20 % des femmes qui la trouvaient augmentée.
- Une altération de l'excitation, chez 71 % des hommes et 60 % des femmes, contre 5 % des hommes et 18 % des femmes qui rapportaient le contraire.
- Une réduction de l'aptitude à atteindre un orgasme, chez 60 % des femmes et des hommes, contre 8 % des hommes et 15 % des femmes qui la trouvent augmentée.
- Une réduction de la satisfaction sexuelle globale, chez 72 % des hommes et 65 % des femmes, contre une augmentation pour 7 % des hommes et 20 % des femmes.
- Une augmentation de la satisfaction sexuelle au cours des 6 premiers mois d'usage de l'héroïne, chez 21 % des hommes et 28 % des femmes, contre 20 % des hommes et 40 % des femmes qui pensent le contraire.
Enfin, il est à noter que parmi les patients s'injectant de l'héroïne 61,8 % des hommes et 35 % des femmes partageaient le matériel d'injection. La plupart d'entre eux n'utilisaient jamais les préservatifs ou irrégulièrement.
Référence :
- Pacheco Palba A et coll. : “A study of the sexuality of opiate
addicts.” Journal of Sex and Marital Therapy.28,(5), 2002: 427-437.
© Copyright www.jim.fr
2003.

Mots clés :
Héroïne, sexe, sexualité, dépendance, toxicomanie.
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