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Etre psychologue clinicienne au CEDAT de Versailles
Présentation :
Cette page présente le document « Etre psychologue clinicienne au CEDAT (Centre d'Aide aux Toxicomanes) de Versailles ».
Rappel de la Loi de 70 :
Avant de présenter ma pratique, il est important de rappeler les aspects essentiels de la loi de 70 qui préside au développement des centres spécialisés pour toxicomanes ; en effet, elle propose des structures de soins spécifiques dans lesquels se pratiquent la gratuité des soins et un anonymat possible pour l'usager.
Exercice dans le champ du soin :
Je travaille au centre de consultation pour toxicomanes de Versailles dont l'activité principale s'exerce au niveau du soin.
Chaque personne nous est adressée le plus souvent :
- soit par un médecin (de ville ou hospitalier),
- soit par un collègue du champ social ou éducatif,
- soit par la justice (JAP, médecin des injonctions thérapeutiques, délégué d'insertion et de probation),
- ou encore suite à un courrier pour les détenus qui en font la demande (détenus de Bois d'Arcy, Fresnes, Fleury Mérogis, MAF de Versailles).
La personne est accueillie individuellement le plus fréquemment (je le nuancerai pour les adolescents/les jeunes adultes) par un membre voire deux préférentiellement de l'équipe, membres de statut professionnel différent (AS , infirmière , médecin, psychologue).
Lors du premier entretien, il est question pour moi et le collègue avec qui je le reçois :
d'un 1er TRAVAIL D'EVALUATION DE LA DEMANDE, en tenant compte de la manière dont il nous arrive, quels sont les motifs mis en avant lors de la prise de rendez-vous (incident judiciaire, problèmes financiers, influence de la famille, des amis, crise personnelle ...) ;
- je prends en compte la première demande de la personne,
j'accueille au sens plein du terme ce que la personne peut me dire
de sa venue dans une perspective de relation à l'autre ;
j'engage la relation : c'est une façon de lui faire une
place parmi nous ;
- j'évalue ses motivations personnelles par rapport aux
pressions extérieures : police, incident avec la justice,
celles du milieu familial ou encore s'il connaît des problèmes
d'approvisionnement.
- J'essaye de repérer l'articulation de sa démarche
avec son histoire personnelle qu'il a souvent tendance à confondre
avec l'histoire de sa toxicomanie et ses histoires de toxicomane.
Comme si sa vie se limitait à sa toxicomanie.
- De même si je peux repérer quelque chose de sa
psychopathologie quand il est possible de la dégager
du symptôme toxicomaniaque, ce qui n'est pas aisé s'il
est sous intoxication, (et dans ce cas si les troubles sont antérieurs
ou non à la consommation) :
Certains signes cliniques pourront me guider vers un diagnostic et donc orienter la prise en charge comme : l'altération profonde de la relation avec trouble de l'humeur associée pourra plutôt me faire pencher du côté psychotique, les conduites antisociales sans culpabilité du côté psychopathique, ou lorsque le sujet a une conscience douloureuse de ses troubles sans altération profonde des fonctions essentielles je penserai plutôt à la névrose. Lorsque la frontière n'est pas si nette, j'ai à faire à des sujets adaptés socialement mais dont les relations affectives sont instables marquées par la dépendance et la manipulation ; le règlement des tensions utilise préférentiellement les passages à l'acte, des conduites d'autodestruction, ou des abus de toxiques, je verserai plutôt pour des troubles de type "états limites".
Pour revenir sur la population adolescents/ jeunes adultes reçue au centre, l'entretien me permet avant tout de préciser la demande et notamment chez les adolescents, où la demande peut aussi bien être celle du patient que celle de la famille. Dans ce cas, je respecte cette réalité de la demande en recevant dans un premier temps proche et patient adolescent. Cette rencontre permet au tiers (proche ou de la famille) d'exprimer devant le patient son inquiétude et ce qu'il attend de la consultation ; puis de recueillir l'avis du patient lui-même sur la situation et ce que dit le proche, lui permettre d'exprimer ce qu'il partage ou non. Cette façon de faire me permet d'affirmer ma neutralité à l'égard de la demande des proches, et peut aider à ce qu'un authentique échange ait lieu avec le jeune adulte.
Dans la plupart des cas, ce que recherche le patient, bien avant de faire une demande de psychothérapie, c'est d'être écouté et reconnu par un interlocuteur là où il en est, et qu'un lien puisse éventuellement se nouer.
Les sujets qui nous consultent viennent rarement le faire au début de leur intoxication. Ils le feront au bout de plusieurs années de pratiques toxicomaniaques au moment où le produit qui, pendant un temps leur aura permis de régler leurs difficultés existentielles, ne pourra plus jouer ce rôle . Ceux que je reçois demandent pour la plupart une aide pour s'arrêter et décrocher : certains me supposent, en tant que spécialiste en toxicomanie, pourvue de ce qu'il faut pour mener à bien cette entreprise ; or, lors de notre premier échange, il est aussi question de présenter au patient les étapes pour y parvenir (comme une inscription du projet dans le temps). La première des difficultés du travail sera de ne pas répondre en miroir aux questions techniques posées par le sujet toxicomane. C'est en fonction de la première demande que va se préciser l'indication vers la collègue assistante sociale ou vers un autre collègue de l'équipe . un lien va, autour des évènements du quotidien, se tisser permettant d'apporter des conditions de distanciation, de négociation et de temporalisation à la base du soin. La dimension du corps qui souffre, constitue un mode privilégié d'interpellation.
Après un ou plusieurs entretiens les rencontres peuvent déboucher :
- soit sur une hospitalisation pour un sevrage : sevrage classique, sevrage alcoolique, sevrage aux benzodiazépines ;
- soit sur une prise en charge ambulatoire qui suppose des entretiens réguliers ;
- soit sur la constatation que l'aide qu'il me demande je ne peux pas la lui apporter : demande d'hospitalisation d'urgence, demande de substitution où là, j'oriente vers un des médecins du centre, en signifiant au patient la complémentarité de notre travail.
Chaque membre de l'équipe du CEDAT peut en s'engageant avec sa sensibilité et sa spécificité professionnelle, participer aux différentes étapes du soin, celles-ci peuvent être pour le patient aussi différentes que :
- de suivre les prescriptions d'un médecin, avec ses limites et ses avantages ;
- de préparer un séjour en post-cure (présenter la structure, contribuer à l'élaboration de sa lettre de motivation) ;
- de considérer différemment son corps, de s'en occuper ;
- de restaurer la place du patient parmi les autres ;
- de pouvoir se lancer dans l'échange avec l'autre avec plus d'assurance ;
- d'investir les émotions et les sentiments associés à cet échange ;
- de s'accorder de plus en plus de confiance en lui ;
- de découvrir d'autres voies pour faire face à la difficulté de vivre.
Précisons qu'à ces différentes étapes du soin, nous pouvons être amenés à rencontrer une discontinuité dans le suivi de ces patients.
Dans la pratique, il ressort qu'il est important de pouvoir proposer un cadre aux limites bien définies qui va pouvoir fonctionner comme point de départ à une représentation symbolique pour l'intéressé.
A chaque nouvelle rencontre, nous nous proposons de réfléchir sur l'aménagement du milieu habituel en tenant compte de la personnalité et de la dynamique du sujet en sachant qu'il s'agit d'un cadre pour une évolution personnelle. Il va être question de travailler en décalage par rapport au symptôme et avec la problématique sous-jacente du sujet même si le symptôme particulier auquel l'institution peut se référer et qui sera pris en considération est un symptôme écran.
Psychologue clinicienne
EPU le 08 février 2001
Mots clés :
CEDAT, Centre d'Aide aux Toxicomanes, psychologue clinicienne, insertion, toxicomanie, drogue, dépendance, addiction, substitution, sevrage, suivi, traitements, soins, dépistage, qualité de vie, SIDA, VIH, HIV, hépatite C, VHC, hépatite, alcool, alcoologie.
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