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Cannabis : quoi de neuf en 2004 ?
Présentation :
Cette page présente un communiqué du groupe "Addictions et comorbidité psychiatrique" du Réseau de promotion pour la santé mentale du Sud Yvelines qui fait le point sur les données récentes concernant le cannabis.
Communiqué :
Le groupe « Addictions et comorbidité psychiatrique » du Réseau de promotion pour la santé mentale du Sud Yvelines s'est récemment réuni pour discuter des aspect actuels de la consommation de Cannabis et a effectué à cette occasion une synthèse bibliographique sur le sujet.
Il nous a paru que les données actuelles sur ce sujet pouvait intéresser l'ensemble des professionnels de santé. En effet le praticien est très embarrassé pour répondre clairement aux interrogations de ses patients et de leur famille, et pour proposer une prise en charge rationnelle aux consommateurs qui le souhaitent.
Le "Rapport Roques" datant de 1998 affirmait que les conséquences de la consommation de cannabis sur la santé et la société étaient moins importantes que celles liées au tabac ou à l'alcool. Ce rapport basé sur l'état des connaissances de l'époque avait certes le mérite de tordre le coup à de vieilles lunes tel que "le cannabis détruit les neurones" ou "la consommation de cannabis mène à l'escalade vers d'autres drogues type héroïne ou cocaïne" mais son ton rassurant quand à la consommation de Cannabis laissait tout de même dans l'ombre les rapports déjà fortement suspectés entre cannabis et troubles mentaux.
Depuis ces cinq dernières années, de nouveaux éléments sont venus changer la donne :
- De nouvelles sortes de
cannabis aussi bien sous forme de hashich que "d'herbe" ont été mises
sur le marché, comportant une augmentation importante du taux
de THC (TetraHydroCannabinol) et ce à prix relativement constant
et abordable y compris pour des adolescents. Les produits actuels
peuvent être
titrés à plus de 20 % de THC contre 0,7 à 5 %
jusqu'à ces
dernières années.
- Les résultats
de plusieurs études épidémiologiques sur la
relation entre cannabis et schizophrénie ont été publiées
en 2001, 2002 et 2003, apportant un nouvel éclairage
sur le sujet (voir encadré).
Il s'agit là d'études concernant des échantillons importants de consommateur réalisées sur une longue période et avec une méthodologie rigoureuse.
Leur résultat peut s'exprimer ainsi : La consommation (habituelle sans être forcément importante) de Cannabis serait chez certains sujets un facteur favorisant voire induisant une évolution ultérieure vers la schizophrénie et ce dans des proportions non négligeables.
Ces études permettent de supprimer le biais le plus courant de ce type de travaux : à savoir la consommation est elle consécutive (auto-traitement) ou non à l'apparition du trouble ?
- De nouvelles données pharmacologiques sur les récepteurs cannabinoïdes au niveau du cerveau permettent d'envisager effectivement un rapport entre cannabis et schizophrénie et de comprendre les interférences potentielles avec les neuroleptiques.
Quand on sait que près de 80 % des adolescents ont consommé du cannabis au moins une fois, et que 30 % le font de manière régulière dont 10 % sont réellement dépendants du produit, que d'autre part il s'agit de l'age le plus vulnérable quand à la constitution et l'émergence de nombreux troubles mentaux dont la schizophrénie, il parait nécessaire que les médecins, acteurs sociaux, psychologues et responsables de l'éducation des jeunes soient correctement informés.
Le groupe « Addictions et comorbidité psychiatrique » souhaite porter ces quelques éléments d’information à votre réflexion..
Publication du JIM :
Risques psychiatriques du cannabis : trois nouvelles pièces au dossier La question médicale des risques du cannabis, qui devrait relever exclusivement d'une évaluation scientifique, ne peut être abordée sans être polluée par des considérations d'ordre idéologique sur la dépénalisation de l'usage de la marijuana, débat qui resurgit au fil des consultations électorales dans tous les pays occidentaux. Le dernier numéro du British Medical Journal permet de verser 3 nouvelles pièces au dossier des risques psychiatriques du cannabis qui méritent un examen serein par tous les professionnels de santé. La première étude, la plus probante, concerne le suivi de 50 087 conscrits suédois recrutés entre 1969 et 1970. Pour tous ces sujets masculins de 18 à 20 ans, on disposait d'une auto-évaluation de la consommation de toxiques divers dont le cannabis, de renseignements d'ordre social et d'un examen psychiatrique pratiqué à la demande devant des symptômes évocateurs d'un diagnostic de pathologie mentale. Le suivi des sujets a été réalisé par l'analyse des registres nationaux d'hospitalisation en psychiatrie entre 1970 et 1996 à la recherche de diagnostics de schizophrénie ou d'autres psychoses. Après élimination des 34 cas de psychoses diagnostiqués lors de la conscription, une association significative, dose dépendante, entre utilisation de cannabis à l'âge de l'inclusion dans l'étude et développement d'une schizophrénie ultérieure a été mise en évidence (augmentation du risque ajusté pour les utilisateurs de cannabis : 20 % avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 10 à 40 % ; p < 0,001). Pour l'utilisation exclusive de cannabis (sans autres drogues) cette majoration du risque est plus élevée et passe à 30 % avec un IC 95 entre 10 et 50 % (p < 0,015). Parmi ces sujets utilisateurs, pour ceux qui avaient consommé plus de 50 fois de la marijuana, le risque estimé de schizophrénie était multiplié par 6,7 (IC 95 : 2,1 à 21,7). Enfin, pour répondre à l'argument selon lequel les consommateurs de cannabis se recruteraient plutôt parmi les sujets ayant des troubles psychotiques débutants, l'analyse a été limitée aux schizophrénies diagnostiquées après une période de 5 ans et a donné les mêmes résultats. La deuxième étude s'est intéressée aux risque de dépression et d'anxiété liés au cannabis chez les adolescents en suivant une cohorte de 1 601 collégiens des deux sexes de 14 à 15 ans pendant 6 années. A l'âge de 20 ans, 60 % des participants avaient fumé au moins une fois du cannabis et 7 % en consommaient tous les jours (estimation par auto-évaluation anonyme). Les conséquences de cette consommation en matière de dépression et d'anxiété semblent être différentes selon le sexe. Ainsi, une utilisation quotidienne de cannabis s'accompagnait, chez les filles et après ajustement par la consommation d'autres toxiques, d'une multiplication par 5,6 des symptômes de dépression ou d'anxiété (IC 95 : 2,6 à 12). Une consommation hebdomadaire s'associait à un doublement de ce risque. A l'inverse des symptômes d'anxiété et de dépression à l'adolescence ne permettaient pas de prédire une consommation ultérieure de cannabis. En revanche aucune corrélation significative n'a été établie chez les garçons, en dehors d'une tendance à la dépression et à l'anxiété chez les utilisateurs quotidiens (risque multiplié par 1,9 avec un IC entre 0,93 et 3,8). La troisième étude réalisée en Nouvelle Zélande a permis de suivre 1 037 adolescents des deux sexes jusqu à l'âge de 26 ans. La consommation de cannabis entre 15 et 18 ans a été évaluée par un questionnaire auto-administré et l'état psychiatrique à 26 ans par un interrogatoire psychiatrique à la recherche de symptômes schizophréniques, de pathologies apparentées ou de dépression. Une analyse de régression logistique a montré que les utilisateurs de cannabis (plus de trois fois) à l âge de 15 ans avaient 4 fois plus de risque de présenter un trouble de type schizophrénique à 26 ans que ceux qui n'en consommaient pas (3/29 chez les utilisateurs contre 22/730 chez les non consommateurs). Cette association persistait, mais de façon non significative, lorsque les sujets présentant des troubles psychotiques dès l'âge de 11 ans étaient exclus de l'analyse. Aucune relation n'a été mise en évidence dans cette étude entre consommation de cannabis à 15 ans et dépression à 26 ans, ni entre l'utilisation d'autres drogues et la schizophrénie. En toute rigueur scientifique, compte tenu du type d'études
et des divergences entre certains de leurs résultats,
on ne peut conclure formellement à une
relation causale entre utilisation de cannabis et survenue
de troubles psychiatriques ultérieurs en particulier de
schizophrénie. Cependant, la possibilité d'un
biais lié à une plus forte consommation de cannabis
chez des sujets en phase prodromique de schizophrénie
a été partiellement éliminée
par certains de ces travaux, ce qui rend l'hypothèse
causale possible, si ce n'est vraisemblable. La question de
savoir si le cannabis agirait en déclenchant
une pathologie mentale chez un sujet prédisposé ou
en la suscitant de toute pièce ne peut cependant être
résolue par ce type
d'études. © Copyright www.jim.fr 2002[1] |
Références :
- Dr Anastasia Roublev
Zammit S et coll.: Self reported cannabis use as a risk factor for schizophrenia in Swedish conscripts of 1969 : historical cohort study. Br Med J 2002; 325: 1199-1201.
Patton G et coll.: « Cannabis use and mental health in young people : cohort study. » Br Med J 2002; 325: 1195-98.
Arsenault L et coll.: « Cannabis use in adolescence and risk for adult psychosis : longitudinal prospective study. » Br Med J 2002; 325: 1212-1213
Rey J: Cannabis and mental health. Br Med J 2002; 325: 1183-84.
- Livres :
Cannabis : le dossier - E. Chollet-Przednowed ; Folio Gallimard ; Collection le monde actuel N° 106
Inserm : Cannabis : quels effets sur le comportement et la santé ? ; Expertise collective 2001
Conséquences de la dangerosité des drogues - Professeur Bernard Roques (Ed Odile Jacob (janvier 1999) - Revues :
Toxibase-Crips : L’usage probématique du Cannabis (
429 Ko) ;
N° 12 février 2004
L’Histoire : le dossier de la drogue N° 266 juin 2002
SWAPS : spécial Cannabis : N° 32-33 sept-déc 2003.
Mots clés :
Cannabis, psychose, schizophrénie, dépendance, addiction.
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