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L'intervention de l'Assistante Sociale au CEDAT



Présentation :

Cette page présente le document « Intervention de l'Assistante Sociale au CEDAT (Centre d'Aide aux Toxicomanes) de Versailles ».



L'A.S. peut être impliquée dés le premier entretien. Cette rencontre a lieu suite à la prise d'un RDV. Dans la majorité des cas, nous essayons que des entretiens soient effectués en binôme, sans distinction de la spécificité du professionnel.

Cette pratique peut bien sûr varier en fonction de l'orientation de la personne, par exemple un médecin généraliste qui demande qu'un médecin reçoive ce patient pour une raison particulière.

Cette première rencontre permet d'entendre la demande du patient, de faire une première évaluation et ainsi de mettre en place les bases du suivi au sein du centre, éventuellement fixer un RDV avec un médecin du service mais aussi proposer de rencontrer un des psychologues si aucun d'entre eux ne fait partie du binôme. Plusieurs rendez-vous sont souvent nécessaires avant qu'un projet de soins ne se concrétise. Le patient arrive avec parfois une demande d'un traitement de substitution. Sa demande est entendue et prise en compte, mais la prescription ne sera pas systématique au premier rendez-vous.

D'autres solutions peuvent être envisagées. Comme par exemple une hospitalisation pour sevrage et prolongation de cette décision d'abstinence vis à vis des produits toxiques par un départ en post-cure ou alors envisager un séjour en appartement thérapeutique qui permet entre autre d'avoir un cadre et un accompagnement vers une réinsertion à la vie active...

Pour ma part en tant qu'AS, les premières rencontres me permettent aussi de faire l'état des lieux de la situation sociale du patient. En fonction du parcours de celui-ci et de la durée de ce parcours dans la toxicomanie (les problèmes sociaux peuvent être très variés et avoir un caractère d'urgence en fonction de chacun).

Ma première priorité sera de vérifier si des droits sont ouverts à la CPAM. Sans couverture sociale, il est difficile pour un patient d'assumer les frais qu'induit un traitement de substitution. Mais il lui sera également impossible de faire face aux frais de santé que le patient va devoir régler petit à petit parce qu''il va reprendre conscience de son corps donc de ses maux non pris en compte pendant la période passée dans la prise de produits. Il est donc très important d'avoir aujourd'hui une couverture sociale mais aussi une couverture complémentaire. Par exemple, un traitement de substitution à la Buprénorphine à 8 mg/j revient pour une semaine à 170 Frs, la prise en charge sécurité sociale est de 111 Frs. Il Reste à régler par le patient 59 F ce qui fait 230 Frs/mois éventuellement pris en charge par la couverture complémentaire.

Ma deuxième priorité dans ces démarches est la domiciliation des personnes sans domicile fixe. La procédure de domiciliation permet aux personnes SDF, en habitation mobile ou en habitation très précaire, d'avoir une adresse administrative pour faire valoir leurs droits sociaux et remplir leurs obligations. La domiciliation permet de regrouper à une même adresse les suivis des différents droits sociaux: Couverture Médicale Universelle (CMU), Couverture Médicale Complémentaire (CMC), suivant les cas, RMI, prestations familiales, etc... Les organismes domiciliataires se chargent de faire suivre le courrier en cas de besoins. Une attestation de domiciliation est remise à la personne domiciliée. Les CCAS ont l'obligation de procéder aux domiciliations. L'agrément donné aux organismes agréés pour faire élection de domicile pour le RMI est étudié à la CMU. La procédure d'agrément pour la domiciliation lors d'une demande de CMU obéit aux mêmes règles que le RMI.

Depuis Janvier 2000, pour les personnes qui ne sont pas en activité professionnelle et qui bénéficient des prestations chômages minimales ainsi que les allocations versées par la CAF (RMI, AAH,....) ont droit à la Couverture Médicale Universelle (CMU). La CMU a été mise en place jusqu'en Octobre 2000, la CMC a été d'office attribuée à cette catégorie de la population donc à un grand nombre de nos patients. A ce jour il est important d'avoir à l'esprit que la CMC est attribuée sous certaines conditions entre autre le montant des revenus. Cette clause a pénalisé dans les Yvelines les personnes percevant l'AAH avec autonomie, mais aussi les personnes percevant une allocation chômage du même montant. Ces patients n'ont pas toujours les moyens de payer une mutuelle même si certaines d'entre elles ont passé une convention avec la CPAM pour appliquer des taux minorés et ne plus appliquer les 3 mois de stage qui leur sont habituellement demandés durant lesquels ils n'ont droit à aucun remboursement.

Nous avons également des patients rencontrant des problèmes de logement. Il est vrai que nous n'avons pas toujours des solutions idéales à apporter. En urgence, nous utilisons comme les collègues des espaces territoriaux, les centres d'hébergement d'urgence qui comme, vous vous en doutez en cette période d'hiver, sont saturés et dans lesquels nos patients ont parfois du mal à rester, du fait de la promiscuité. Comme solution transitoire, il existe des hébergements en chambre d'hôtel dans le cadre d'un projet thérapeutique. Parmi nos patients nous comptons également des sortants de prison. A leur demande, certains sont déjà suivis par des membres de l'équipe pendant leur incarcération. D'autres rencontrent l'AS au QIS ( Quartier Intermédiaire sortants) à leur demande, afin de préparer leur sortie. Les rencontrer permet de faire un pré-projet, d'aborder les éventuelles difficultés susceptibles d'être rencontrées à la sortie et ainsi de ne pas agir dans l'urgence en mettant en place des solutions ponctuelles, afin de réfléchir à un projet à plus long terme.

Sont orientés également vers notre centre de soins, les personnes suivies par le SPIP des Yvelines (Service Probation Insertion Pénitencier) qui ont une obligation de soins. Pour cette catégorie de patients, la prise en charge est peut être un plus prenante, dans la mesure où certains ont passé de nombreuses années en prison et que la liberté est parfois difficile à vivre. Il leur est difficile de se repérer dans l'espace, s'exprimer et faire une demande. Il est nécessaire de les accompagner d'abord dans les démarches administratives qui sont très importantes. Retrouver pour certaines personnes, après de nombreuses années, une pièce d'identité peut leur permettre petit à petit de retrouver confiance en elles et de s'autonomiser dans les démarches nécessaires à leur insertion, comme par exemple : un patient suivi depuis trois mois qui a effectué 9 ans d'incarcération pendant ces 15 dernières années, faire une demande de carte d'identité a été une des premières démarches effectuées après sa libération. Le jour de la remise de cette carte, il est arrivé au service dans un état de joie indescriptible. C'était sa première carte d'identité. On pourrait presque appeler cela du " soin social". Ce patient a maintenant une identité sociale. Au fur et à mesure de la prise en charge du patient, nous abordons les difficultés en fonction de leur caractère d'urgence et cela afin de permettre au patient d'être en mesure de respecter son contrat de soins. Nous avons également pour objectif d'aider les patients à prendre en compte les affaires en rapport avec la justice : comme des jugements qui n'ont pas encore eu lieu par exemple. Nous prenons aussi en compte les multiples dettes contractées pendant la période de toxicomanie et proposer éventuellement des échéanciers afin de régler ces dettes progressivement (centre des impôts pour dette de titres de transport non payés, dettes de loyers, ou justice par exemple. Pour vous donner un exemple, une contravention pour non-paiement de son titre de transport en train coûte 275 frs. Non réglée, cette amende s'élève lors de la première relance à 2500 frs. Des patients peuvent être amenés à devoir 12000 Frs d'amendes pour des voyages non payés, en quelques mois. Imaginez le montant au bout de plusieurs années !. Ces sommes non-réglées peuvent faire l'objet d'une saisie demandée par le Trésor Public. Certains patients se sont retrouvés dans l'impossibilité d'accéder à leur argent parce que leur compte était bloqué par le Trésor Public. Quelques jours sont nécessaires pour passer un accord d'échéancier et cela à condition que toute la somme due n'ait pas été saisie. Il est très difficile pour nos patients d'être dans une dynamique de réapropriation de la socialisation. D'autre part, "payer" comme ils disent "pour des choses qui se sont passées des années auparavant" est très difficile pour eux à accepter. Notre objectif est de les amener progressivement à accepter de payer leurs dettes en proposant des échéanciers aux différents créanciers ou en montant un dossier de surendettement quand les sommes dues sont trop importantes. Cette prise en compte du budget est aussi un travail à long terme, apprendre à vivre en gérant son budget, en faisant passer les priorités avant les plaisirs. Pendant des années ils n'ont pas compté, l'argent ne servait qu'à se procurer le ou les produits. Cette gestion de leurs revenus a pour but de les amener progressivement à prendre conscience de la valeur des choses et des dettes qu'ils à l'égard des autres.

En conclusion, je dirai que la prise en compte de la problématique santé ne peut se faire sans mêler à cette prise en charge les facteurs psychologiques et sociaux que nécessite un parcours plus ou moins long dans la prise de toxiques. Le cadre que permet la structure, la prise en charge thérapeutique de l'équipe permet aux patients de se retrouver en tant qu'individu acteur de son projet de soins avec les difficultés que cela implique. Cette prise en charge globale et pluridisciplinaire est un accompagnement dans le parcours du patient vers un mieux être et vers une nouvelle identité sociale.


Élise COURTOT
Assistante sociale
CEDAT Versailles
MARS 2001


Mots clés :

CEDAT, Centre d'Aide aux Toxicomanes, assistante sociale, insertion, toxicomanie, drogue, dépendance, addiction, substitution, sevrage, suivi, traitements, soins, dépistage, qualité de vie, SIDA, VIH, HIV, hépatite C, VHC, hépatite, alcool, alcoologie.


Page rédigée par :

CEDAT

Dernière mise à jour :

20.09.2004


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