Addictions
L'évolution des politiques publiques
Présentation :
Cette page présente l'évolution des politiques publiques par rapport aux dépendances.
1970 : Une politique publique de lutte contre la drogue axée sur l'abstinence :
La loi interdit tout usage de substance classée comme stupéfiant. La prise en charge prône le sevrage. La prévention, qui cherche principalement à éviter l'usage, n'est pas abordée par la loi du 31 décembre 1970, qui constitue le cadre légal dans lequel s'inscrit la politique française en matière de lutte contre la drogue et la toxicomanie.
Selon les dispositions de la loi, l'usager est sanctionné et est en même temps placé « sous la surveillance de l'autorité sanitaire ».
L'injonction thérapeutique, au cour du dispositif, rappelle que la proposition d'une prise en charge est une alternative à la réponse répressive. Cette prise en charge est fondée sur deux principes : l'anonymat et la gratuité.
A l'époque, l'héroïnomane est la figure emblématique du toxicomane, considéré à la fois comme délinquant et comme malade. Les structures spécialisées dans les soins aux toxicomanes se mettent alors progressivement en place. Elles ont pour objectifs le sevrage, l'abstinence et la réinsertion.
Dans le même temps, les équipes de soins investissent le champ de la prévention et jouent un rôle d'expert et de soutien auprès des non-spécialistes.
Tout comme dans le domaine des soins, l'objectif de la prévention est exclusivement celui de l'abstinence. La « drogue » est dangereuse quel que soit le produit : elle conduit inéluctablement à la dépendance dans les représentations collectives.
Elle est, en outre, interdite pour des raisons de sécurité
et de santé publique.
Fin des années 1980 : Les politiques publiques, interrogées par l'épidémie de sida, s'orientent vers la réduction des risques :
Les politiques publiques évoluent avec l'apparition de l'épidémie de sida.
Cette urgence sanitaire oblige à renoncer au seul objectif d'abstinence.
Sur le plan sanitaire, les contaminations par le VIH et les hépatites conduisent à intervenir, dans un souci de réduction des risques, auprès des toxicomanes par voie intraveineuse qui ne font pas de demande de soins. En 1987, la mise en vente libre des seringues est autorisée.
En 1993, les premières structures d'accueil à bas seuil d'exigence (les boutiques et les sleep-in) sont créées.
Les traitements de substitution remettent alors en cause le « dogme » de l'abstinence comme unique moyen de traitement, donc le fondement de la loi.
Cette nouvelle politique dite de « réduction des risques » modifie fondamentalement le positionnement des pouvoirs publics et des acteurs de terrain, qu'ils soient dans le champ sanitaire ou répressif. Pour des raisons d'urgence sanitaire, les intervenants doivent dans leur ensemble réviser leurs convictions et modifier leurs pratiques.
Désormais, il s'agit de prendre en considération de façon pragmatique les pratiques de consommation des usagers de drogues par voie intraveineuse, de favoriser la nouvelle approche de prise en charge que constitue la substitution et de promouvoir des pratiques à moindres risques.
Progressivement, le même raisonnement va enrichir la politique
de prévention jusqu'alors cantonnée, pour les drogues illicites,
dans le rappel de l'interdit légal et la recherche de l'abstinence.
Années 1995-1998 : La priorité porte sur la réalité des pratiques de consommation des substances psychoactives, que l'usager soit dépendant ou non :
Le rapport du professeur Philippe–Jean Parquet demandé par la MILDT vient confirmer une approche de la prévention fondée sur la distinction des différents comportements – l'usage, l'usage nocif et la dépendance- , conforme à la réalité des diverses pratiques de consommation ; cette approche permet d'assigner des objectifs clairs à la prévention.
La politique de prévention doit s'intéresser aussi aux polyconsommations, donc à l'ensemble des substances psychoactives consommées, qu'elles soient licites ou illicites.
A cet égard, les actions menées principalement par les intervenants en toxicomanie jusqu'à cette période s'ouvrent souvent à d'autres spécialistes de la prévention des addictions, particulièrement dans le champ de l'alcool. Cela permet alors des avancées significatives sur les notions de gestion des consommations et d'évitement des risques et dommages liées à l'usage nocif.
Dans cette période, des études et rapports sont réalisés
pour approfondir les connaissances, en particulier sur les effets des
produits, leur dangerosité, sur les comportements et les contextes
de consommation.
Années 1999 – 2001 : Ces nouvelles approches, ainsi qu'une connaissance plus précise des pratiques de consommation, notamment chez les jeunes, permettent de dégager des orientations innovantes :
Elles sont traduites dans le plan triennal de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances, adopté par le gouvernement le 16 juin 1999.
Concernant la prévention de l'alcoolisme et du tabagisme, la
loi relative à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme du
10 janvier 1991 (n°91-32- loi Evin) incite au développement
d'actions de prévention qui ne s'appuient pas sur une logique d'abstinence
ou de prohibition, mais ont pour objectif de permettre aux jeunes de faire
un choix éclairé. Des actions sont engagées par le
secteur associatif, notamment l'Association nationale de prévention
de l'alcoolisme et ses comités départementaux et le Comité
national contre le tabagisme. Le Comité français d'éducation
pour la santé et la Caisse nationale d'assurance maladie mènent
des campagnes régulières relayées par les ministères
impliqués dans les actions de prévention auprès des
jeunes comme l'Education nationale et la Jeunesse et les Sports.[1]
Référence :
- Drogues Savoir Plus Livret de connaissances Prévention de l'usage de drogues : Questions éducatives., MILDT/CFES, janvier 2002
Mots clés :
Politique publique, évolution des politiques publiques, CIRDD, Centre d'Information et de Ressources sur les Drogues et les Dépendances, dépendance, addiction, toxicomanie, toxicomane, drogue, stupéfiant, tabac, alcool, information.
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